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La peur

Question : Je ne demande pas comment naît la peur — vous l’avez déjà expliqué — mais plutôt en quoi elle consiste. Qu’est-ce que la peur elle-même ? Est-ce une suite de réactions et de sensations physiologiques : contraction des muscles, production d'adrénaline, et ainsi de suite — ou bien est-ce quelque chose de plus ? Que dois-je regarder lorsque je considère la peur elle-même ? Cette vision peut-elle avoir lieu sans la présence immédiate de la peur ?

Qu’est-ce que la peur elle-même ? En général, nous avons peur de quelque chose, ou bien du souvenir d’une chose passée, ou bien de la projection d'une réaction dans le futur. Mais on demande : quelle est la nature réelle de la peur ?

Lorsqu’on a peur, à la fois physiologiquement et psychologiquement, n’est-ce pas parce qu’on a le sens du danger, un sentiment d'isolement total qui s’appelle la solitude, une solitude profonde, persistante, durable ? Toute réaction correspond à quelque chose : on a peur d’un serpent, on a peur du retour d’une douleur éprouvée dans le passé. En somme, il s’agit, soit de la peur d’une chose réelle, soit du souvenir d’une chose passée. Mais en dehors des réactions psychologiques connues sous le nom de peur, celle-ci existe-t-elle intrinsèquement, sans objet direct ? Y a-t-il une peur en soi ? Ou bien ne connaît-on la peur que par rapport à autre chose ? Si elle ne se rapporte pas à autre chose, est-ce de la peur ? On la connaît par rapport à quelque chose, à partir de quelque chose ou envers quelque chose, mais si vous éliminez cela, y a-t-il une peur réelle que vous pouvez examiner ?


L’esprit, le cerveau ont besoin de sécurité complète afin de bien fonctionner, de manière saine et sensée. Un esprit intelligent rejette la sécurité que pourraient procurer une relation, une idée, une croyance. Ne trouvant de sécurité nulle part, il la cherche quand même et la veut absolue. Le fait de ne pas trouver cette sécurité fait naître la peur. Existe-t-il quelque part une certitude totale, sûre et absolue, non pas la certitude des croyances, des dogmes, des rituels, et des idées, qui peuvent tous se trouver abolis lorsque de nouveaux dogmes et de nouvelles théories les remplacent ? L'esprit, le cerveau qui écarte tout cela et qui cherche une sécurité intelligible sans la trouver, ressent-il une peur aux racines profondes ? Ainsi, en dehors des craintes ordinaires, le mental crée-t-il la peur elle-même parce qu’il n’existe rien de valable, rien d’entier ? Est-ce là en quoi consiste la peur ?


L’esprit en lui-même peut-il être sans peur ? La pensée — qui fait partie des fonctions de l’esprit et du cerveau — en désirant la sécurité, a créé diverses illusions philosophiques et théologiques parmi les­quelles elle n'a pas trouvé cette sécurité. En conséquence, ou bien elle crée quelque chose au-delà de soi, dans quoi elle espère trouver la sécurité complète, ou bien alors, l’esprit a atteint un tel degré de plénitude qu’il n’a pas besoin d’avoir peur.


Nous ne parlons pas de nous débarrasser de la peur ou de la réprimer ; nous demandons : l'esprit en lui- même peut-il n'avoir ni cause, ni matière, ni réaction provoquant la peur ? L’esprit peut-il se trouver dans un état — ce mot « état » évoque « statique », ce n'est pas ça — peut-il jamais jouir d'une qualité qui lui évite tout mouvement vers l’extérieur, qui lui permette d’être complet et total par lui-même ? Cela implique la compréhension de la méditation. Celle-ci n’est pas l’amas d’absurdités dont on l’entoure. Elle représente l’affranchissement, à la fois physiologique et psychologique de la peur ; sans cela, il n’y a ni amour, ni compassion. Tant que la peur sévit, le reste ne peut se réaliser. Méditer — non pour atteindre quelque chose — c’est comprendre la nature de la peur et la dépasser — ce qui revient à découvrir un esprit qui n’ait aucun souvenir d’une chose ayant causé la peur, si bien qu’il est demeuré complet et total.


Puis il y a l'autre partie de la question : cette vision peut-elle avoir lieu sans la présence immédiate de la peur ?


On peut se rappeler la peur, et ce souvenir peut être observé. On a eu peur autrefois et on peut le rappeler à sa mémoire, mais ce n’est pas vraiment la même chose, car la peur survient un instant plus tard et non au moment réel ; il s'agit d'une réaction qu'on appelle la peur. Mais au moment même d'un grand danger, au moment de faire face à quelque chose qui peut effrayer, elle n'existe pas, il n'y a rien. Par la suite vient le souvenir du passé, qu'on désigne en disant «j'ai peur », avec toute la contraction des muscles, la sécrétion d'adrénaline.


On peut se rappeler une peur passée et la regarder. L'observation de cette peur est importante car on peut, soit la mettre en dehors de soi, soit dire : « je suis cette peur »; on n’est pas séparé de la peur en l’observant, on est cette réaction. S’il n'y a pas de division entre la peur et soi, s’il n’y a que l'état de cette réaction, alors il se passe quelque chose d’entièrement nouveau. - Jiddu Krishnamurti


Note 18 – La peur - Questions et réponses

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