La pensée peut-elle être libre?
La pensée, indubitablement, est superficielle. C'est la réaction de la mémoire - d'une somme d'expériences, du conditionnement -, et la pensée réagit à chaque défi selon ce conditionnement qui est notre acquis. La pensée est toujours tributaire de cette somme d'expériences, et l'on se pose alors cette question: la pensée peut-elle être libre?
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Car ce n'est que dans la liberté que l'on peut observer et découvrir, ce n'est que dans un état de spontanéité dégagé de toute contrainte, de besoins immédiats et de pression sociale qu'une réelle découverte est possible. Assurément, pour observer ce que vous pensez et pourquoi vous le faites, pour observer la source et le motif de votre pensée, il doit y avoir un sentiment de spontanéité et de liberté car toute influence, quelle qu'elle soit, déforme votre observation.
La pensée est faussée chaque fois que l'on réfléchit sous l'emprise d'une contrainte ou d'une pression quelconque. La pensée peut-elle jamais libérer l'homme, affranchir l'esprit, et la liberté est-elle indispensable si l'on veut découvrir ce qui est vrai? La liberté se conçoit habituellement de deux façons différentes: se libérer de quelque chose ou être libre de s'accomplir, d'être quelqu'un. Puis existe aussi la liberté, simplement la liberté. La majorité d'entre nous désirons seulement nous libérer de quelque chose - du temps, d'un parent -, ou bien nous voulons être libres de nous réaliser et de nous exprimer.
Toutes nos conceptions de la liberté se limitent à ces deux exemples: se libérer de quelque chose ou être libre de devenir quelqu'un. Mais dans les deux cas, il ne s'agit que d'une réaction, n'est-ce pas? Ces deux types de liberté sont le résultat de la pensée, le fruit d'une certaine forme de contrainte intérieure ou extérieure.
La pensée est prisonnière de ce processus. Elle cherche à se libérer de la tyrannie, d'un gouvernement corrompu, d'une relation, d'un sentiment d'angoisse et, en se libérant, on espère pouvoir se réaliser dans autre chose. Nous pensons donc toujours en ces termes: se libérer de quelque chose ou être libre de devenir quelqu'un, de se réaliser. Et il semble très superficiel de se contenter de limiter la liberté à ces deux conceptions.
Note 8 - Bombay, le 14 décembre 1958 - De la liberté - Jiddu Krishnamurti (1895 -1986)